Pour satisfaire aux exigences humoristiques, il me fallait deux personnages masculins du même âge que Grégoire mais radicalement différents : un winner et un looser.
Le premier se devait d’être beau, intelligent et fortement désirable auprès de la gente féminine. Bref, un jeune gars irrésistible comme il en existe peu a Nice ! (ce n'est pas moi qui le dis, je vous le promets...) Je n’ai cependant pas résisté à l'envie de lui coller un prénom vieillot : l’éternel prénom Jacques.
Le deuxième personnage, plus complexe, demeure plus proche de Grégoire et s’appelle Jean Claude. Il accumule les quiproquos, les plans foireux et parle vulgairement lorsqu’il s’exprime mais, contrairement au personnage de Jacques, il évoluera au cours des chapitres.
Extrait :
"D’abord, Jean Claude, c’est tout le contraire de Jacques : l’animal à l’état brut. Petit, velu, teigneux, alourdi (au sens propre) par les nombreuses soirées de débauche auxquelles il se livre environ douze fois par mois, si ce n’est quatre à cinq fois par semaine en cas de disette sexuelle, il a le même âge que moi mais, à la différence, il peut être aussi têtu qu’une mule lorsqu’il picole, c’est le moins que l’on puisse dire. Ensuite, vous l’aurez forcément compris, l’engouement qu’il suscite auprès des jeunes filles de son âge n’est pas terrible. Déjà, à l’époque où je l’ai connu – le jour de ses dix-sept ans – il n’avait qu’une seule idée en tête : se taper une fille. Une seule fille ! Au risque d’être sommaire ou d’un raisonnement proche d’un videur, disons qu’il y a ceux qui sont nés sous l’étoile de la misère sexuelle (ce que l’on surnomme à tort les paresseux), et ceux qui se tapent tout ce qu'ils veulent (appelés communément et vulgairement les baiseurs : de classe Jacques) Pour les uns le sexe est une bénédiction. Pour les autres, c’est une malédiction. Et c’est bien là tout le fond du problème. "
Enfin, et non des moindres, le personnage charismatique du roman, dont le nom reviendra dans bien des chapitres, est celui de Rodolphe. Il s’agit non pas d’un humain mais d’un vieux matou pour qui Grégoire a beaucoup d’estime et de compassion.
Extrait :
"Avec Rodolphe, mon chat, nous avions dépassé les conversations les plus élémentaires ; cela faisait depuis belle lurette qu’il m’admirait et que moi, en retour, je le dorlotais et lui préparais de bons petits plats. Nous en étions au stade d’une complicité réciproque et bienveillante, telle qu’un vieux couple peut en avoir au bout de dix ans de vie commune. D’un seul regard, nous arrivions à nous comprendre et à nous prouver notre attachement mutuel. Nous faisions tout ce qu’il est humainement possible de faire pour coexister dans la plus parfaite harmonie dans un environnement restreint et, à force de nous côtoyer, nous étions devenus mimétiques. Je lui ai transmis la chaleur humaine mais aussi tout mon amour pour les bêtes."
Marc Duboisé.